Belle province

Saviez-vous que ....

Le Harfang des neiges Nyctea scandiaca se reproduit dans les régions reculées de l'Arctique canadien. En hiver, il gagne diverses régions du sud du Canada, permettant ainsi à de nombreux Canadiens d'observer l'un des hiboux les plus impressionnants et les plus remarquables parmi les 146 espèces qui existent dans le monde. En décembre 1988, le Québec a choisi le Harfang des neiges comme oiseau emblème officiel de la province.

Régime alimentaire

Bien qu'il soit assez rapide pour tuer des canards au vol, le Harfang des neiges préfère les petits mammifères. Dans l'Arctique, il mange des lièvres arctiques, des lagopèdes ou des oiseaux de mer lorsqu'ils sont disponibles, mais son mets favori demeure le lemming (genres Lemmus et Dicrostonyx). Ces rongeurs, qui ressemblent à de gros campagnols des champs, sont très prolifiques et leurs populations atteignent rapidement un sommet jusqu'à l'épuisement des réserves alimentaires. La famine, la maladie et les prédateurs déciment alors les lemmings si bien qu'ils semblent sur le point de disparaître. Ensuite, les populations de lemmings augmentent peu à peu jusqu'à une nouvelle explosion démographique, trois ou quatre ans plus tard. Ce cycle est synchronisé sur de grandes étendues de la toundra d'une superficie pouvant atteindre jusqu'à 2 500 km², ce qui a de lourdes conséquences sur la reproduction des Harfangs dans ces régions.

En hiver, le Harfang des neiges se nourrit surtout de petits rongeurs, surtout des campagnols des champs Microtus pennsylvanicus et des souris à pattes blanches ou sylvestres Peromyscus. Les hiboux qui passent l'hiver près des silos à céréales ou des dépotoirs peuvent vivre presque exclusivement de rats. Toutefois, le Harfang des neiges est un chasseur opportuniste et attrape des mammifères dont la taille varie de la musaraigne au lièvre et des oiseaux allant du bruant au canard et au faisan.

À l'instar des autres oiseaux de proie, le Harfang des neiges avale ses petites proies tout entières. Les sucs gastriques très puissants dissolvent la chair tandis que les os, les dents, la fourrure et les plumes indigestes sont comprimés en boulettes ovales que l'oiseau régurgite 18 à 24 heures plus tard. La plupart du temps, le Harfang régurgite du haut de son perchoir favori, au pied duquel on peut trouver des dizaines de boulettes. Les biologistes les analysent souvent pour déterminer la quantité et le type d'aliments consommés. Dans le sud du Canada, elles renferment très souvent la fourrure et les os de campagnols des champs et autres souris. Chaque oiseau doit capturer 7 à 12 souris par jour, soit jusqu'à 350 par mois, pour subvenir à ses besoins. La présence de grenaille de plomb dans les boulettes à l'automne et en hiver révèle que le Harfang ne dédaigne pas les canards blessés par les chasseurs.

top
Reproduction

Le Harfang des neiges, qui hiverne dans le sud du Canada et dans le nord des États-Unis, reprend le chemin du Nord en février ou mars vers son aire de nidification de l'Arctique. Les couples ou les petits groupes se forment parfois à cette occasion, et il arrive que l'on voie jusqu'à 20 Harfangs perchés à quelques centaines de mètres les uns des autres. La majorité d'entre eux auront regagné les régions boréales en avril.

Les Harfangs retrouvent leurs sites de nidification avant que la toundra se soit débarrassée de son manteau nival. Chaque couple occupe un territoire de 1 à 2 km² de superficie. Le mâle avertit de sa présence par un hululement puissant et n'hésite pas à s'attaquer à ses congénères par trop aventureux. Le Harfang fait habituellement sa cour au mois de mai. Il vole en battant exagérément des ailes et marche très droit sur le sol, devant la femelle, les ailes partiellement déployées. Il tient souvent la dépouille d'un lemming dans son bec durant ses démonstrations.

Le nid se résume à une petite dépression pratiquée dans le sol par la femelle et garnie de quelques plumes et d'un peu d'herbe ou de mousse. Il est de préférence situé sur une butte, une petite colline ou un autre endroit surélevé. Il s'agit en effet des seuls endroits dépourvus de neige quand débute la nidification, et ils ont l'avantage d'offrir une vue bien dégagée des alentours.

La reproduction du Harfang des neiges est intimement liée aux fluctuations des populations de lemmings dans les régions où il se nourrit surtout de ce rongeur. Quand les lemmings abondent, le Harfang pond jusqu'à 11 ou 12 oeufs. Quand ils se font rares, la femelle n'en dépose que quatre à sept dans le nid. Lorsque la population de lemmings atteint un creux, il arrive que le Harfang ne niche pas du tout ou se déplace de 50 à 100 km pour trouver un endroit où ils abondent.

La femelle reste seule à couver les oeufs et à protéger les oisillons. Comme il gèle souvent au début de la nidification, elle doit couver presque continuellement. C'est alors son compagnon qui la nourrit, en lui apportant des lemmings au nid. Le mâle se charge aussi de trouver la majeure partie de la nourriture des oisillons durant leurs premières semaines.

La femelle pond habituellement un oeuf tous les deux jours jusqu'à la fin de la ponte, mais la couvaison débute dès la ponte du premier. Les oisillons éclosent à intervalles d'environ 48 heures après une incubation de 32 à 34 jours. On trouve donc dans le nid des oisillons dont l'âge et la taille varient considérablement. Même si cette éclosion échelonnée résulte de la nécessité de commencer la couvaison dès la ponte du premier oeuf, elle permet également d'ajuster la taille de la couvée à la quantité de nourriture disponible. En effet, si les adultes ne parviennent pas à nourrir tous les oisillons, les plus jeunes et les plus petits qui ne peuvent se mesurer à leurs frères et soeurs plus âgés finiront par mourir de faim.

Les oisillons sont recouverts d'un duvet blanc, mais à celui-ci s'ajoute vite un duvet gris foncé qui vire presque au noir en l'espace de 10 jours. Les jeunes Harfangs quittent le nid à l'âge de 3 ou 4 semaines, bien avant de pouvoir voler. Cependant, s'ils se dispersent loin du nid, ils continuent d'être nourris par leurs parents. Les jeunes sont voraces et il faut environ 120 kg de nourriture, soit près de 1 500 lemmings adultes, pour alimenter une couvée de neuf oisillons jusqu'à ce qu'ils soient en mesure de se débrouiller. Les jeunes atteignant l'âge de l'envol quittent leurs parents à 7 ou 8 semaines, quand le duvet foncé a été remplacé par le plumage immature. Le court été de l'Arctique tire alors à sa fin, et les jeunes Harfangs devront entreprendre sous peu leur première migration.

Harfang des neiges

top
Obstacles à la croissance de la population

Le Harfang des neiges a peu de prédateurs. Durant la période de nidification, les oeufs et les oisillons
laissés sans protection peuvent être attaqués par des labbes (oiseaux prédateurs au vol rapide ressemblant aux mouettes) ou par le renard arctique. Toutefois, l'adulte sait se montrer vigilant et est bien armé pour repousser ces attaques.

Même si le milieu dans lequel il vit est particulièrement rigoureux, en été comme en hiver, le Harfang des neiges s'y est magnifiquement adapté. Bien sûr, une pénurie de nourriture est toujours à craindre mais, par sa mobilité, l'oiseau aura vite fait de trouver une région mieux nantie. Quoique certains Harfangs immatures, donc inexpérimentés, qui s'écartent de leur aire normale d'hivernage puissent connaître la famine, c'est sans doute l'être humain qui laisse planer la plus grande menace sur ceux qui passent l'hiver dans les régions habitées. La collision en vol avec des lignes électriques, des clôtures de fil de fer barbelé, des automobiles ou d'autres structures est une cause de mortalité importante chez les Harfangs qui hivernent dans le sud du Canada. Autrefois, les chasseurs ont tué des Harfangs par milliers durant leurs vols en provenance de l'Arctique. Même si l'on en abat encore quelques-uns illégalement en hiver, la majorité des gens se contentent maintenant d'observer ou de photographier cet oiseau imposant et mystérieux.


Gestion

Bien que le Harfang des neiges ne soit pas protégé par la Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs, des règlements provinciaux et territoriaux en interdisent la chasse dans toutes les régions du pays. Le baguage à des fins scientifiques exige des permis spéciaux du gouvernement fedéral et des provinces. Le Service canadien de la faune ne poursuit pas de recherches intensives sur cette espèce, mais subventionne des projets sur l'écologie de l'Arctique qui comprennent l'étude des hiboux et aussi des recherches sur la biologie du Harfang en hiver.

Le Harfang des neiges constitue un maillon important dans la chaîne alimentaire de l'écosystème de la toundra et illustre admirablement bien une adaptation morphologique et comportementale complexe aux conditions très rigoureuses de cet environnement. Durant son séjour dans le sud, le Harfang des neiges peut jouer un rôle important dans la limitation naturelle de la population de rongeurs sur les terres agricoles.

retour

Web-Lucie
Web-Lucie