Sixième d'une famille de
onze enfants, Félix Leclerc est né à La Tuque,
dans les Laurentides, le 2 août 1914.. Son père était
marchand: Il vendait du grain durant l'été et du
bois pendant l'hiver. La maison familiale, toute en bois, était
remplie de musique et d'instruments.
À l'âge de quatorze
ans, il part étudier au Juvénat du Sacré-Coeur
tenu par les Pères Oblats et poursuit ses études
collégiales à l'Université d'Ottawa. Peu
à Peu, il forme son oreille musicale, jouant de la guitare
et du banjo. Déjà en cachette, il se met à
composer, "Notre sentier" entre autres. Après
deux ans à l'Université d'Ottawa, il devient l'un
des premiers annonceurs de Radio Québec. C'est à
partir de la qu'il se met sérieusement à la composition,
avec une vieille guitare achetée au prix de $2.50. Des
chansons, Félix en trouvera partout. Il en trainait ici
et là dans les rues de Québec, sur les feuilles
mortes, dans les bâteaux en partance pour l'Europe. "Comme
un voleur, je les ramassais et, sous les combles de la pension
où j'habitais, je leur donnais vie."
Chanteur monolithique par excellence, le meilleur
moyen de retrouver Félix c'est encore dans ses chansons.
Poête il l'était. et poète il le restera toujours.
Conteur et fils de conteur, Félix Leclerc
est un défricheur de la parole, un sourcier du langage.
Il retourne les mots comme d'autres leur champ et les fait couler,
briller, geler ou fondre suivant son coeur et selon les saisons.
Quand il raconte la parole et la terre ne font qu'un. Quand Félix
Leclerc mal connu en son propre pays, quitte le Québec,
pour la France, il croit partir pour un seul tour de piste, comme
un illusionniste parmi d'autres. Félix n'apporte pas au
Paris d'alors le souffle époque des horizons lointains,
mais lui offre amicalement, humblement et presque en passant "un
petit bonheur"(une chanson que l'on fredonne encore de nos
jours). Celui que l'Europe appelle bien vite "Le Canadien"
ne présente rien d'exotique ou de "typique" qu'il
aurait extirpé de son sac de troubadour. Il ne raconte
pas seulement cette terre qui l'a façonné mais les
souvenirs oubliés d'une contrée que les cartes ignorent
et les aventures quotidiennes d'un temps imaginaire et pourtant
si réel qu'il est un peu comme une mémoire retrouvée.
"Moi je sais un pays/Qui est bien loin d'ici/Où la
mer et la vie/Et l'amour sont unis".
En 1955, Félix Leclerc est déjà
très connu et applaudi sur les scènes les plus célèbres
de Paris. Cet itinéraire de Québec à Paris,
c'est ce que Félix raconte, en fait, dans "Moi, mes
souliers". En voici les grand traits: "Ce que j'ai appris
dans ce poste-radio avec des lièvres-citadins et comment
mon oreille s'habitua difficilement à la rumeur de la ville
et mon coeur, jamais, au tic-tac pressé de la course inutile.
Comment je m'imprégnai lentement du parfum de la cité,
étant donné que j'habitais au-dessus de la bouche
de ventilation d'un restaurant chinois, au fond d'un couloir,
entre un vieux poêle et un lavabo qu'une fierté imcompréhensible
me fit appeler ma chambre.
Comment je tournais le dos aux lièvres
à deux pattes qui vivent en groupes et ne rapprochai désespérément
de ceux qui en on quatre et qui vivent au bord de la forêt
avec Dame Nature.
Comment dans la partie des chansons éternelles,
des grands récits, des mots célèbres, des
pages fortes, des maitres de l'humour, des spectacles bouleversants,
votre esprit s'élargit, les chaines tombent, vous vous
sentez libre et puissant; vous vous réveillez lièvre
plein d'audace et de confiance qui trempe la patte dans l'encre
et s'amuse à griffonner des réflexions, sûr
qu'on ne vous coupera pas les poignets pour quelques fautes de
syntaxe.
Comment on bâtis lâchement des chansons
avec des malheurs, des nouvelles du pays, des matériaux
tragiques, comme la mort d'un chien ou l'inconsolée peine
du frère-lièvre de la savane campagnarde, lequel
nous reproche par lettre de n'avoir pas vu son beau blé,
maintenant engrangé
Comment réagit un ancien "boeufman" du Canada
quand il voit tomber, sous l'épée des matadors,
les boeufs d'Espagne appelés Toros, et de la promesse qu'il
fait intérieurement de ne jamais raconter ça dans
les étables canadiennes, aux boeufs du pays qu'on attelle
pour le transport de la glaise".
Il a souvent été dit que Félix
Leclerc avait été le premier de nos poètes-chansonniers.
Il fut effectivement premier "auteur-compositeur-interprète-
poète en profondeur". Mais surtout il incarne le passage
entre la poésie écrite et la poésie orale.
Il nous entraine au-delà de l'écriture imprimée,
telle que nous la connaissons depuis plusieurs siècles.
Félix ne nous livre pas un texte ou un air, ce n'est pas
la beauté formelle de ses écrits qui demeure primordiale,
mais la fenêtre qu'il ouvre pour nous, en nous chantant
son monde qui laisse, derrière lui, "un homme plus
riche qu'avant".
Le Québec peut s'énorgueillir de
savoir parmi les siens un troubadour et un poète qui comptait
parmi les plus marquants de la francophonie contemporaine et lui
a déjà signifié sa légitime fierté
en lui décernant le Prix Calixa-Lavallée et le Prix
Denise Pelletier, il a été également honoré
par la France qui lui remettait à trois reprises, le Grand
prix du disque de l'Académie Charles Cros. L'Université
du Québec soulignait l'exceptionnelle contribution de celui
qui est unanimement reconnu comme une des figures de proue de
la communauté artistique du pays. Et c'est en témoignage
de toute sa reconnaissance et de son admiration que l'Assemblée
des gouverneurs a résolu de lui décerner le titre
de docteur honoris causa de l'Université du Québec.
Félix est mort! À
8 heures, le huitième jour du huitième mois, 1988.
Cherchez pas à savoir pourquoi. Félix, c'est comme
ça..... La nouvelle de la mort du poète n'a toutefois
été connue que quelques heures plus tard. Mais les
réactions enregistrées à partir de ce moment
démontraient bien qu'il était le plus aimé,
le plus grand. Bulletins spéciaux tant à la radio
qu'à la télé et véritable déluge
de messages de sympathie en provenance de tous les milieux. D'un
coup, des millions de Québecois sont en deuil.
Il était affligé de crises d'asthme
chroniques. Finalement, c''est un arrêt cardiaque causé
par une fébrilation ventriculaire qui devait l'emporter.
Or, comme il l'aurait sans doute souhaité, Félix
est mort alité, chez lui à l'île d'Orléans
où il vivait en compagnie de sa seconde épouse Gaétane
Morin, Félix laissait aussi dans le deuil ses trois enfants,
Martin, Nathalie et Francis.
Selon les dernières volontés du
poète, ses cendres ont été dispersées
dans le cimetière de Saint-Pierre de l'Île d'Orléans,
berceau de ses ancêtres.
Il nous a quitté mais sa poésie,
ses chansons et ses écrits resteront gravés à
jamais
Le p'tit bonheur
C'était un petit bonheur
que j'avais ramassé, Il était tout en pleurs
Sur le bord d'un fossé.
Quand il m'a vu passer, il s'est mis à crier:
"Monsieur, ramassez-moi, chez vous amenez-moi"
Mes frères m'ont oublié, je suis tombé,
je suis malade,
Si vous n'me cueillez point je vais mourir, quelle ballade!
Je me ferai petit, tendre et sousmis, je vous le jure,
Monsieur, je vous en prie, délivrez-moi de ma torture"
J'ai pris le p'tit bonheur, l'ai mis sous
mes haillons, j'ai dit "faut pas qu'il meure, viens
t'en dans ma maison." Alors le p'tit bonheur a fait
la guérison.
Sur le bord de mon coeur y'avait une chanson. Mes jours,
mes nuits, mes peines, mes deuils, mon mal tout fut oublié
Ma vie de désoeuvré, j'avais dégoût
d'la r'commencer, quant il pleuvait dehors ou qu'mes amis
m'faisaient des peines
J'prenais mon p'tit bonheur et j'lui disais "c'est
toi ma reine"
Mon bonheur a fleuri, il a fait des bourgeons, c'était
le paradis, ça voyait sur mon front. Or un matin
joli que j'sifflais ce refrain, mon bonheur est parti
sans me donner la main.
J'eus beau le supplier, le cajoler, lui faire des scènes.
Lui montrer le grand trou qu'il me faisait au fond du
coeur,
Il s'en allait toujours, la tête haute, sans joie
sans haine,
Comme s'il ne pouvait plus voir le soleil dans ma demeure.
J'ai bien pensé mourir
De chagrin et d'ennui, j'avais cessé de rire,
C'était toujours la nuit.
Il me restait l'oubli, il me restait l'mépris.
Enfin que j'me suis dit:
Il me reste la vie.
J'ai repris mon bâton, mes deuils, mes peines et
mes guenilles.
Et je bats la semelle dans des pays des malheureux
Aujourd'hui quand je vois une fontaine ou une fille
Je fais un grand détour ou bien je me ferme les
yeux...
Je fais un grand détour ou bien je me ferme les
yeux
Moi
mes souliers
Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé,
ils m'ont porté de l'école à la guerre,,
J'ai traversé sur mes souliers ferrés. Le
monde et sa misère.
Moi mes souliers ont passé dans
les prés,
Moi, mes souliers ont piétiné la lune, puis
mes souliers ont couché chez les fées
Et fait danser plus d'une.....
Sur mes souliers y'a de l'eau des rochers,
d'la boue des champs et des pleurs de femme, j'peux dire
qu'ils ont respecté le curé,
L'pays, l'bon Dieu et l'âme.
S'ils ont marché pour trouver l'débouché
s'ils ont trainé de village en village suis pas
rendu plus loin qu'à mon lever,
Mais devenu plu sage.
Tous les souliers qui bougent dans les cités.
Souliers de gueux et souliers de reine,
Un jour cesseront d'user les planchers, peut-être
cette semaine.
Moi mes souliers n'ont pas foulé
Athénes
Moi mes souliers on préféré les plaines,
quand mes souliers iront dans les musées.
Ce sera pour s'y s'y accrocher.
Au paradis, parait-il mes amis,
C'est pas la place pour les souliers vernis.
Dépêchez-vous de salir vos
souliers.
Si vous voulez être pardonnés....
Si vous voulez être pardonnés
La grammaire française
de mon enfance - manuel scolaire Québécois
Frères maristes. Langue française: 4e-5e
années: "Pieds nus dans
l'aube" - adaptation inédite de Félix
Leclerc à l'usage des écoliers - guide du
maître. Coll. "Cours de langue française
- enseignement élémentaire et secondaire".
Saint-Vincent-de-Paul, Editions des frères maristes,
[1957], c1956. 560 p. (Approbation: 1957).
Il a créé
entre autre cette pièce de théatre
En 1962, sa pièce de théâtre
«L'auberge des morts subites» remporte un énorme
succès autant à Montréal qu'en tournée.